Grossesse et dépression

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie d’aborder un sujet « sérieux » aujourd’hui. Un sujet pas facile à aborder d’ailleurs, déjà parce que je n’aime pas forcément m’en souvenir, et aussi parce, je l’avoue, j’ai toujours un peu peur du regard des autres.

Mais pour moi, c’est important d’en parler, ici, sur ce blog où je suis comme chez moi. Alors on y va. Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de la dépression pré-partum. Tout le monde connaît le baby blues, beaucoup connaissent la dépression post-partum. Et ben moi, j’étais en dépression enceinte. Non pas que j’aie envie de faire ma Calimero, mais je dis que si ne serait-ce qu’une femme enceinte et dépressive lit ce post et se dit « Ah, je ne suis pas toute seule… » alors j’aurais eu raison de l’écrire.

Moi, c’est pas la grossesse qui m’a plongée dans les affres de la dépression. Non, non, j’étais dépressive AVANT de tomber enceinte. Hibou s’est invité par surprise, j’avoue qu’on ne l’attendait pas à ce moment-là. Ou plutôt, comme je dis, on l’attendait, moi je l’attendais vraiment, mais je ne le savais pas encore. Et aujourd’hui, comme vous vous en doutez, je n’imagine pas ma vie sans lui.

Retour en arrière. Décembre 2013, je m’effondre. Trop de travail, trop de fatigue, trop de merdier perso accumulé pendant des années où j’ai fait semblant de ne rien voir, où j’ai soigneusement évité d’aborder les sujets qui font mal. D’ailleurs, je sais pas qui a trouvé le nom « dépression », mais c’est quand même vachement bien trouvé. Parce que moi, quand je suis entrée dedans, j’ai eu l’impression de faire « PSSSCCHHHHIITTTT » comme une bonne grosse cocotte-minute qu’on aurait oublié sur le feu pendant 12 ans. Ouais, ça en fait de la pression. Donc en un sens, et je dis bien en un sens, c’est pas si mal de « dépressionner », parce qu’au moins, tu te mets à respirer. Et dans mon cas, pour la première fois depuis looooongtemps !

Arrêt de travail en février, antidépresseurs, suivi psy, la totale quoi. Démission en mars, inscription au pôle emploi, et dans la foulée, un + sur le bâtonnet (si tu te souviens, j’ai raconté cet épisode ici). Et là, c’est un peu « GLOUPS » dans ma tête. Parce qu’être dépressive, OK, j’assume, ça peut arriver à tout le monde et comme je viens de le dire, je préfère voir le  positif et me dire qu’au moins, après avoir touché le fond, je ne peux que remonter.

Mais être dépressive ENCEINTE (et sans travail)… Déjà, quand tu prends des AD (antidépresseurs) et du Xanax parce que t’as des crises d’angoisse, tu te dis que ça doit pas être très bon pour Lustucru qui essaie de croître dans ton petit bidou. Mais surtout, parce que tu te demandes si avec la dépression et les angoisses justement, tu ne vas pas en faire un taré avant même qu’il pointe le bout de son nez. Heureusement que je n’étais pas seule. Mon mari, ma famille, mes amies ont tous été là (si vous lisez ces mots, sachez que vous avez ma gratitude éternelle) pour me supporter (dans le vrai sens du terme, pas dans le sens de soutenir), me rassurer, me pousser, me faire rire…

Bon et puis il y avait la psy. Alors chacun fait ce qu’il veut, en pense ce qu’il veut mais moi je dis, heureusement qu’elle était là. On devrait lui donner une médaille, parce qu’elle aussi elle m’a supportée sans broncher pendant 8 mois. Au final, je me rends pas vraiment compte : est-ce que j’ai eu plus d’angoisses qu’une future maman lambda ? Je ne crois pas en fait. J’avais juste des angoisses différentes (je vais pas te faire la liste, ça serait bien trop long).

Là où je me suis sentie à part, c’est pendant tout le premier trimestre. L’autre jour, je lisais ici un article de Salomé du blog Mais quelle idée de faire un bébé ? qui s’intitule « Quand le bonheur d’être enceinte n’est pas toujours là ». Tout est dit. Alors, on se calme, ça ne veut pas dire que j’étais malheureuse, ou pas contente, ou je ne sais quoi. Justement, je ne savais pas. J’appréhendais chaque annonce de ma grossesse, car voir mes proches sauter au plafond, pleurer de joie, m’étreindre en disant « Oh mais quel bonheur, tu dois être folle de joie !! », c’était assez difficile. Je ressentais beaucoup de gêne, parce que non, je n’étais pas folle de joie. J’étais excitée, mais comme tout situation inconnue et nouvelle peut exciter. J’avais peur (pour les mêmes raisons), mais à part ça, je ne savais rien.

C’était dur. Parce que forcément, tout le monde a l’image de la femme enceinte radieuse, qui l’annonce avec moult sourires et larmes de joie… Je vous dis pas comme je me suis sentie différente et surtout comme j’ai eu peur que cela affecte mon Pois Chiche (bah oui, il s’appelait pas encore Hibou).  » Le pauvre, il se farcit une mère complètement paumée, il n’est même pas encore là qu’il se traînait déjà des casseroles ». J’ai bien conscience, que de toutes façons, la maman parfaite n’existe pas, et que de toutes façons, les enfants traînent les casseroles (plus ou moins grosses et plus ou moins longtemps) de leurs parents. Mais entre la mère parfaite et la mère dépressive, y a quand même une différence, hein.

Bref, j’ai mis du temps à accepter cette grossesse. Ça peut sembler paradoxal, on pourrait me dire « Bah pourquoi t’es tombée enceinte alors ? Et puis pourquoi t’as pas avorté ? » Eh bah j’en sais rien. Voilà. C’est comme ça. Je n’ai jamais douté une seconde, même si je ne savais pas ce que je ressentais : je voulais cet enfant. Même si c’était pas là, pas maintenant, pas ceci ou pas cela. Il était désiré ce Hibou. Et quand on creuse un peu, on voit que ça arrive à pas mal de femmes. Vouloir un bébé, tomber enceinte et se sentir perdue quand ça arrive. Il y en a même qui font une dépression au moment où elles apprennent qu’elles sont enceintes. J’avoue que quand le médecin m’a dit ça, j’ai senti un bon gros poids s’en aller de mes épaules. JE. NE. SUIS. PAS. LA. SEULE. C’est juste que c’est encore un peu tabou et que ça va à l’encontre de l’image de la femme enceinte dans notre société. Ça m’aurait étonnée que je rentre dans le rang de la majorité, tiens.

Côté purement physique, je n’avais plus « envie » (peut-on vraiment parler d’envie hum hum ?) de prendre d’AD, ni de Xanax, car on ne sait pas ce que ça peut faire au bébé. Première tentative de sevrage en mai, un désastre. Pensées noires (très noires), journées pyjama (mais pas celles que tu kiffes en mangeant de la glace devant des Disneys parce qu’il pleut dehors, nan, celles où tu te lèves pas, tu te laves pas, bref, craignos)… Le corps médical me dit que je ferais mieux de reprendre, parce qu’entre une maman qui va pas trop mal sous AD ou une maman qui est au fond du trou sans aide chimique, le choix est vite fait. Ah bon ? On me dit et on me répète qu’il vaut mieux éviter de prendre des médocs enceinte, mais que c’est pas interdit non plus. Et bien, soit. Je reprends mon traitement.

Petit à petit, mon ventre devient moins petit. Un jour, je sens comme une bulle qui éclate dedans. J’arrête de bouger TOUT DE SUITE. Je me concentre : « Pois Chiche, c’est toi ?? » Pouf, une autre bulle, et encore une autre… Pas de doute, je sens bébé, MON bébé qui bouge à l’intérieur de moi. Je peux pas dire ce qu ej’ai ressenti. Je peux pas dire non plus que ça m’a guérie, mais ça ma réconciliée avec la grossesse. Enfin… jusqu’au 3e trimestre, mais là, la grossesse et moi on était fâchées pour des raisons purement physiques (quintal atteint sur la balance, rétention d’eau, canal carpien, sciatique et j’en passe).

Voilà voilà. C’est un article long, et pas hyper funky, mais je suis contente de l’avoir écrit car ça m’a fait du bien. Et si jamais ça peut en aider quelques unes à se sentir moins seules, alors y a pas photo. Bon et puis je reviens vite avec un post hahaha-taps-moi-la-cuisse-qu’est-ce-qu’on-se-marre, promis !

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4 réflexions sur “Grossesse et dépression

  1. Ju dit :

    Hello !

    J’adore ! Ton blog et ton « audace » ? « Courage » ? Ta lucidité ? Je cherche le bon mot…

    Je n’ai pas vécu de réelle dépression allant jusqu’aux AD etc mais je crois qu’on est nombreuses à avoir vécu et à vivre des moments très très sombres de doute, de peur, des moments où on se sent si faible, usée qu’on a envie de tout laisser tomber, plus la force d’affronter cette bataille incessante qu’est la vie !

    Mais comme le dit ma mère, » tu auras la paix… Quand tu seras morte !! Essaies de voir le bon côté des choses »…

    C’est cash mais très vrai !
    Il faut profiter des moments magiques que nos enfants nous offrent c’est un super remontant-carburant !
    (Les mojitos, le nutella, et j’ajouterai pour moi la musique et un sport de self défense ça aide aussi beaucoup !!!!)

    Et en effet ça fait un bien fou de voir qu’on n’est pas seule à vivre ces moments obscurs ! En parler, dédramatiser, au lieu d’en avoir honte et de culpabiliser dans son coin, il faut oser et c’est top !

    Merci à toi et vive ton blog et ton humour !!

    • syndromeneuroneunique dit :

      Que dire ? Je vais imprimer ton com’, l’encadrer et le mettre au-dessus de mon lit hahaha ! Me voilà reboostée jusqu’à la fin d’année avec de tels compliments ! Merci, tes mots me vont droit au coeur, et tu as complètement raison, quand je sens que je perds pied et que je m’enfonce, je prends 5 minutes pour contempler ce que j’ai là, sous les yeux. Mon fils, mon mari, un toit au-dessus de ma tête, et vraiment, je me rends compte de la chance qu’on a. Combien de personnes ne connaissent pas ou ne connaitront pas ce bonheur si simple et pourtant si grand. Cette pensée m’apaise et m’aide à relativiser, à faire le vide. Encore merci de tous tes compliments et à très vite sur le blog ! 😉

  2. Bravo à toi, ça ne doit pas être évident de faire son « coming out de dépression pré-partum », les femmes enceintes sont « censées aller bien », envers et contre tout (j’ai été de ces femmes enceintes gagas-hystériques-souriantes, mais je conçois qu’on n’est pas toutes logées à la même enseigne. Quand en plus du psychologique s’ajoute le physique (nausées etc) ça doit vraiment être moins funcky…
    Alors bravo. Et bonne continuation pour ton bébé blog que j’aime bien.

    • syndromeneuroneunique dit :

      Ooooh merci ! Ce n’est pas évident en effet. Je me rappelle m’être sentie si différente et si seule, si j’avais pu lire un tel témoignage enceinte, ça m’aurait certainement aidée 🙂
      Tant mieux si tu as fait partie des femmes enceintes rayonnantes, c’est vrai que je me sentais mal aussi par rapport à ces Mamans, en me disant que je devais leur paraître monstrueuse… J’ai une copine qui me disait souvent « Mais c’est que du bonheur !! C’est tout juste si je clignotais pas quand j’ai appris que j’étais enceinte !! » Aaaaah, comme je l’enviais ! Ça sera pour le numéro 2 !! 😉
      Et merci pour les encouragements, ils me vont droit au coeur ! Longue à mon bébé blog ! 😀

Allez, la parole est à toi maintenant, alors prends-la !

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